La Toilette d'un Barzoï



Prose poétique de Marie Hurtrel, La toilette d un ZoïTout d'abord, il faut préparer les lieux : Dans la salle de bain, ou dans celle de douche au choix, il faut penser à disposer sur le bord de la baignoire le shampooing du bel animal, le flacon déjà ouvert.

Dans un deuxième temps, il est nécessaire de régler la température de l'eau car le chasseur de loups des steppes russes n'aime pas l'eau froide... Ensuite, il faut revêtir une tenue de circonstance : un vieux jean et un tee-shirt sans manches, si le maillot de bain ne vous tente pas, même dans une pièce bien chauffée comme une salle de bain.

Quelques assouplissements sont les bienvenus, pour le dos, les jambes et le reste. 

Ceci fait, il faut trouver le grand animal : un tour dans la maison vous amène vers le canapé qui fut le vôtre en d'autres temps, et vous découvrez là un regard qui en dit long sur les motivations d'un chasseur des steppes ; point de loup dans ses yeux, mais une certaine béatitude. 

En demandant au Zoï de quitter son lieu de repos, vous découvrez son ignorance de la langue française, alors vous tentez le russe, puis le chant, les roucoulements et le reste, et vous voilà perplexe ! Le Zoï souffrirait-il d'une surdité profonde ? 

Ne voulant pas implorer davantage son altesse lupicide, vous devez soulever le corps souple et pesant qui semble sans vie, si ce n'est par son ronflement sonore… 
Faisant claquer son nom à l'oreille, vous tentez de provoquer une réaction et de poser au sol les quatre pattes taillées pour la course, mais la masse de fourrure s'effondre, mollement. Alors, reprenant dans vos bras le bébé toisant 86 cm au garrot et affichant 38 kg d'inertie, vous l'amenez dans le lieu préparé pour les soins de son pelage. 

Déposée dans le bac à douche, sa majesté lupicide s'assied, puis s'écroule, épousant ainsi l'angle formé par le mur et le bac.

Il faut, maintenant, soigneusement laver le côté qu'il vous offre et retourner la bête aux dents longues, plusieurs fois, afin de faire mousser le shampooing, puis rincer abondamment.
Après cette heure de soins capillaires, il est nécessaire de sécher le chasseur de loups étalé sur le sol, lui évitant l'inconfort du poil mouillé qu'un retroussement d'une babine (pas l'autre, faut pas pousser !) dénonce : 
à genoux à ses côtés, un séchoir en main, une autre heure passe à tourner autour et à retourner Lupicide Ier, roi des steppes russes…

Votre labeur enfin terminé, Monsieur Zoï reprend conscience et se lève lentement, et retourne à sa sieste... dans le canapé qui, en d'autres temps, fut le vôtre.