8 mars 2020

MadeleineJ'espère que mes petites soeurs subsahariennes ne lèveront pas encore le kaba pour s'engouffrer dans le détournement de cette journée dédiée. Journée dédiée, pas à elles en tant que fêtardes mais à leurs droits qu'il serait temps qu'elles prennent et imposent, qu'il serait temps qu'on leur laisse prendre et bien user dans l'équilibre, la justesse et la paix. Ces droits qui devraient dire partout qu'un être humain en vaut un autre dans son propre respect rayonnant sur les autres, tous, et que puisqu'il n'y a pas de sexe au bien ni au mal, que le sexe ne peut exister au devoir (non, là, je rêve, la journée devrait être celle rappelant aussi le droit d'avoir les mêmes devoirs quel que soit le sexe), une journée pour l'équilibre, pour la justesse, la justice), le sexe doit être exclu des droits qui, eux, doivent être attribués au nom de la neutralité. Un humain est un humain, et pas besoin d'écrire l'inclusive pour savoir que le groupe humain se compose des unes et des uns.

Cette journée est un rappel clignotant sur les droits des femmes, les droits d'êtres humaines encore bafoués ici et là, presque partout à des niveaux différents.

Un souvenir vient flotter autour du jour, à Saint-Petersbourg, dans la rue, il y a quelques années, on se voyait offrir une jolie fleur accompagnée d'un sourire aimable et sincère. Cela se faisait et se fait encore, un petit cadeau d'un homme inconnu à une femme inconnue, d'un commerçant à une chalande, souvent anonymes. Une fleur... un geste voulant peut-être résumer une geste pour le sexe concerné. Mais, la seule fleur qui ne devrait pas en être une et qui est attendue, c'est le respect de l'individu dans ses particularités et sans dénonciation du sexe.

Une fleur dans la rue, c'est un joli détournement mais qui reste inquiétant car tout ce qui est détourné mérite d'être mis à nu sous la lumière d'un phare. Que dit cette fleur ? "sois belle et tais-toi" ? ou "je suis avec toi et je défends tes droits" ?

Un défilé de kabas pour renvoyer des femmes à leur minorité, ce n'est pas joli, c'est malsain et ce n'est pas en allant vider quelques "light" un jour par an avec autorisation de son mâle dominant qu'on se respecte ; pour être respecté il faut d'abord l'être de soi-même. Ne pas accepter que ce jour soit un ramassis de festivités communes ou individuelles au nom d'un nom qu'il n'a pas : ce n'est pas la "journée de la femme" ! Comme on dirait la journée de la vache, de la kermesse locale ou des crêpes récupérées d'une tradition religieuse déformée et détournée (encore ! comme tout...). Non, ce n'est pas la journée de "la femme" ; les femmes ne sont pas des objets ni des arguments commerciaux. C'est la journée INTERNATIONALE des DROITS des femmes. C'est une piqûre de rappel annuelle, un appel récurrent basé sur ce qui a été fait afin de déterminer ce qui est à faire et un appel à agir et agir encore où le mal opère encore. C'est mathématique. Un appel à rester mobilisés et attentifs, à dénoncer la ségrégation sexuelle et la violence sous toutes ses formes (physique, économique, psychologique...) au nom du sexe.

Le 8 mars quittera son appel et son rappel lorsque la justice et la justesse s'accorderont sur l'humanité comme des instruments sur un la. Il sera temps, alors, d'en faire une fête et de sortir roses et kabas colorés.

Marie HURTREL
8 mars 2020