L'Imbibé et l'Hormonale

Un homme d'âge que l'on dit mûr,
blette serait convenable,
et grisonnant du sommet au fondement,
vint à courtiser,
à l'heure où l'étendard se baisse,
une dame un peu bien mûre,
songeant que l'union ferait belle compote,
entre deux fruits de saisons proches.

La dame tentant chaque jour,
de réparer l'outrage de la nature,
par la quête de compliments à reverdir feuilles et amants,
écouta avec excitation, la prose du déclinant.

Son plaisir et ses vapeurs grandirent tant,
que l'odeur acide de la prune macérée,
exhalée par la bouche du galant,
ne lui fit point tourner la tête : elle garda le nez dedans.

Oubliant donc les émanations titrant plus qu'un vieil armagnac,
et ventilant ses vents sous ses jupes légères,
la dame gloussait en dinde satisfaite,
applaudissant le vieux et son verbe.

Et l'homme songea qu'il était temps,
de montrer sa vaillance au-delà de ses roucoulements,
voulant paraître fier soldat,
il vint à inventer une guerre où lui seul aurait l'avantage.

Il chercha et trouva un lieu pour ses exploits,
et le voilà qui fit feu à tout va,
dans une rue presque vide,
où passait là un inconnu.

La dame admirative en laissa échapper un pâme,
que l'homme est courageux de viser un passant tombant des nues et sur le derrière !

Le passant protestant qu'un combat ne fut justifié et sa promenade gâchée,
la dame, Hormonale ainsi nommée, gifla l'ahuri et applaudit, à grand bruit,
l'homme, Imbibé de son nom, qui enfin, sentit l'étendard reprendre de la hauteur,
présageant ainsi d'un reverdissement des attributs de sa nature.

Marie HURTREL
juin 2008