Venir d'un monde

Avenir, peinture de Marie HurtrelEtre des terres sombres et des nuits noires dont les seules lueurs viennent des étoiles et des veillées autour des cerneaux de noix ouverts sur le bois blond de la table.

Etre d'un pays de rondes festives ; de là, où l'on arpente les jardins jusque bien après minuit, embrassant l'obscurité pour aller d'un feu à l'autre, le pain d'un partage dans les mains.

Etre de ce rivage de silence froissant l'herbe haute qui bat les genoux dans les coteaux sauvages, et des rivières insolentes riant avec les loutres taquines.

Etre d'un pays de sable doux et de dattes offertes, de l'horizon transparent comme un cristal et de la suavité du jour.

Etre des terres rouges sous les chants des oiseaux et les courses enfantines, le goût des goyaves sur la langue.

Etre de ce ciel dont on boit l'eau de pluie comme un philtre d'amour.

Venir de là-bas et d'ici, et regarder s'en aller les rêves humains dans un sac en plastique au fond d'un gouffre immonde, mille lourdes pierres enchaînées lestant le désastre.

Etre d'un autre pays, d'un autre monde et le chercher.

Marie Hurtrel