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Paul Nwesla Biyong

Qu’est-ce qui nous berce d’humanité ? Où va la « décroyance » ?
 
L'Univers ploie, Nwesla Biyong, poésieOn ne prend pas la poésie comme une page circonstancielle, elle vient au monde avec les chocs humains successifs de la naissance, à chaque battement de vie. Qui naît autrement qu’en poésie ? Pas Nwesla Biyong qui semble avoir plongé sa parole en elle dans la source mûre du temps dépassé. Et à venir.
D’un regard inondant le monde et l’humain jusqu’aux recoins les plus obscurs dont il cherche à desceller les mystères et les mensonges, Nwesla Biyong met en exergue des lendemains, qu’il nous faudra bien saisir par le possible, l’alerte aux séismes endo-parturients. On ne secoue pas la poussière d’un monde pour annoncer sa reprise, sans remuer ses socles humains. Les siens, les nôtres, dans nos « bétifications » extrêmes et nos déconfitures, nos espoirs et nos abandons, notre richesse que nous ne savons pas assez situer. Dans les mots du poète, nos raisons voient le jour leur tomber sur le coin du regard à replacer.
 
Parle-t-on d’un réveil, la poésie nous l’offre, ici.
 
Tout en décousant l’Histoire, et ses incrustations anté-post-néo colonisées, d’un arsenal voyant digne des lunettes astronomiques, visitant la dualité de l’infini, – rien n’est assez loin de nous, nulle part au fond de nos secrets, nulle part au-delà de la Voie et l’espace-, le poète nous incite à fouiller en nous le désastre intime pour tenter de sortir du constat et des sidérations, et enclencher l’intention vraie de vivre. Vivre non pas malgré cet univers qui ploie, mais contre la flexion morbide.
 
 Il vaudrait mieux ne pas en rester à l’écho sempiternel des certitudes,
 
« Embué dans une danse
Pestilence »
 
au risque de mourir bien et bel, sous le sceau trompeur des difractions du verbe.
 
« Voici le nerf à stimuler
Eventrer l’outre des sens cachés »
 
Voilà comment il nous prend par la poésie et crie haut et clair que la condition infra-humaine, maître de nos claudications, est connue, pointée, ciblée, et que la conscience n’est conscience que si nous la prenons au mot. Puisqu’il faut avancer, croisons le faire avec l’âme !
 
C’est dans cette écriture « galiléenne » du penser, éventrant les recommencements de nos désillusions, que nous sommes amenés à entrer dans « L’univers ploie », ayant posé au seuil tous nos vastes champs de plus ou moins confortables attentes, et nos chants qui s’y collent… Le poète nous appelle à écouter, entendre ce qui vient du tréfonds de nos misères injustes, celles que nous ne semblons pas toucher dans nos égoïstes frontières internes, celles que la partie haute d’une échelle de « dévaleurs » enfonce dans la gorge de l’humanité déçue. Et nos inversions de la logique universelle. Il nous prête son oreille et ses yeux pour nous donner à lire au-delà des mots, comme il les tisse sur chair et peau des hasards sonnant le glas de nos prétentions… et creuse en lui ce qui résonne en nous. Que ferons-nous du monde de demain si nous ne savons pas maintenant prendre nos raisonnements par le retour
 à l’autre ?
 
Si l’humanité boîte, ce n’est pas le pied malade qui l’a cherché, il est grand temps de ne plus adopter la vis forant les malléoles de la continuation.
 
Pour nous emmener sur sa route, Nwesla Biyong pense dans le mot comme un gymnaste pousserait à bout l’élasticité de ses membres. Il scrute le lemme dans son infinie justification, désarticule le verbe pour que la parole poétique s’insinue en nous, quoi que nous puissions attendre de la lecture, quelle que soit la distance que nous pourrions vouloir en bouclier contre nos piteux propres aveux d’avidité et ses déconvenues, car dans cette poésie-là la clarté vient comme cartes sur table. Un réveil, oui, un éveil à nous-mêmes et cet univers qui n’est bancal que par nos tiraillements intérieurs.
 
Qu’avons-nous fait de l’humain, que voulons-nous en faire…
 
Lisons-le. Entendons.

Marie Hurtrel

Le poète monte en puissance, c’est le poète des vérités, je dirais des quatre vérités, celles du monde, de l'ensoi, du soi, celui qui écrit l'humain vu de dedans et de dehors, avec toutes ses contradictions et ses "dictions", avec ses remous reconnus, vus et explosés, et les latents aussi, les remous qui promettent ou menacent.

Pour la qualité littéraire dans le sens structure de l'assemblage et des jeux avec la langue, avec ce que je peux et veux décortiquer, l’écriture est solide, il poétise avec un choix prosodique qui est la couleur convenant à l'expression de ses idées. Il y a une forte musicalité qui tient du son du djembé autant que de la symphonie lyrique. Son écriture vient chercher le lecteur au plus profond de son rythme de vie et de son souffle intérieur.

J'assimile la poésie à la musique, au chant, et ce que je dirai sera toujours lié à cet élément recherché, la musique. Il me faut une partition complète quand je dis un poème, avec les notes sur la portée, la clé, l'armure, les accidents, et les mots de la choriste, et là, dans les textes de Paul Nwesla, je trouve ce qui satisfait ma demande.


Qu'aurions-nous voulu entendre ou lire, rien d'autres que ces mots révoltés et écorchés, sur la terre écorchée et lacérée. Les poètes sont là pour écrire, je me répète comme une vieille machine toussotante, mais tant qu'il y aura à dire, sur ce point là, il faut.

Tout va pour le pire dans le pire des mondes, mais je garde irrémédiablement l'espoir que demain sera pour quelque chose d'autre, quelque chose de meilleur, je ne peux que le croire, et avancer pour ça, rester debout pour ça, parce que ça.

Que le poète continue encore ces mots qui déshabillent les consciences, encore des mots qui soufflent le froid dans le dos, c'est un moyen de réveiller et de participer à bouger ce tas de boue qui englue le monde. Paul Nwesla Biyong nous trouble et réveille, il a la puissance des mots, il assoie sa poésie dans le monde qu'il scrute et nous rend ses impresses révoltés.
"Que veux -tu que je te dise" est un poème alerte, réveil, la faux camardale des hypocrismes.
M.Hurtrel

"Que veux-tu que je te dise"  de Paul Nwesla Biyong

Que veux-tu que je te dise
Que l’an deux mil neuf s’en est allé
Avec ses gémissements horribles
Ses fleuves en crue sillonnant les flancs échevelés des terres mouillées
Ses explosions de gaietés cadavériques
Milles morceaux choisis émiettés
Lendemains amputés sur les terrains démilitarisés
L’océan respirant à vagues déployées
Exhalant affaissements
Inondations
Sinistres
Rasages
Ravages

Que veux-tu que je te dise
Que l’an deux mil neuf s’en est allé
Avec
Au bas mot l’avènement obamal
Une mort du racisme dit-on
La mort de Bongo
Les morts de Madoff
Les chèques de coupe en algue
Ces rues qu’on reboise
Les forêts contrariées
L’entêtement d’un ahmadinejad
Les défis des poulets pakistanais
Le râle du pas peuple
Trop de vaccins pour l’Agrippa surestimée
Les grands bonds du Japon
Chinent de sa réussite
Bolly-Hollywoodisme
Un messie ballon d’or
Les promus à la coupe du monde de football

Que veux-tu que je te dise
Que la guerre est finie
La paix revenue
Moudjahiddines et talibans
Ben L’Amen et ses anges
Chantres passionnés entonnant Tartare
Armaguedon  étonnant la Statue de la Liberté
L’Afrique émettant des sons audibles
Pour ses peuples affamés de vivres
Luxueuses cylindrées
Comptes en Suisse
Et du sang débordant des ethnocides
La putrescence du droit de vivre des villageois
Darfour
Sur le front le sceau de la fin
Je ne fais que parler
De cela tu as raison
Mon pouvoir impotent
Et cela amuse
Les autres qui font
L’enfer

Que veux-tu que je te dise
Que j’ai connu de bons poètes
Des amis
Des frères
Oui
Un second fils
Des promesses
Une belle santé
Révolution de ma plume
Des cœurs qu’écorche l’immonde dehors

Assemblent toutes leurs ondes
Positives
Chaque jour renouvelle la pensée
Affronte fermement la flemme
La froidure incisive des causes perdues
Berlue si je dis
Je ne suis plus seul
Je ne suis plus seul
Une larme d’amour perle richement sur cette face
Prémonition d’outre-monde d’autres liens
Qui délivrent
Délient la langue de la liberté
Liberté
Mes ailes
Même virtuelle
Qu’est-ce qu’elle sent bon

Que veux-tu que je te dise
Que l’avenir est vert
Espoir autorisé
Ses plaies cautérisées
De toute façon les attentats sont trop souvent manqués
Les suspects appréhendés
L’amorce des sentiers de paix
Est-ce vraiment ce que tu m’entends dire
L’entente
L’harmonie
Ce calme inespéré
Couleront à flots sept années
Aucune hérésie dans les temples
Eglises et mosquées
Les prophéties émises
Apprises et comprises pour l’intérêt des désintéressés
Derrière les dirigeants aucune éminence grise
Je m’égare

Ce n’est ni régulier ni poétique
Juste des vœux criés à vau
L’eau
Bonne année
Le dire à la fin mais non au début
Pourtant la fin est  le début

De ma nuit au matin
J’ai veillé
J’ai vieilli
Sous le poids de ton absence
Une lueur sur mon visage
Quand le jour est venu
Sans le soleil
Cette autre fois
J’écoute la rue
Le ruisseau
L’herbe qui mouille sa tige
Les animaux venus irriguer des gosiers arides
Seul des cris
De joie
Beaucoup de joie
De peine
Encore plus de peine
Comme une nuit inachevée sondant ma patience
Mon mérité à connaître les joufflus jours heureux
Loin d’ici
Bas
Aveugle
Sourd
Muet.

© Nwesla Biyong


Voici un extrait d'un poème où le poète touche le jeu des rimes mais, où on pressent un séisme poétique dans son oeuvre.
C'est un aspect premier de la plume du poète  Paul Nwesla Biyong :

"Les ensorcelés"

Deux bales de blé bercées par un vent doux, volent
Vers l’étrange ligne dorée du couchant.
L’appel est mélodieux, leurs âmes vibrent,
A la folie de leurs sens, elles se livrent.
Elles s’abreuvent des sucs chimériques,
Le chant de liberté, leur esclave.

Deux bales bercées par un vent doux, violent
L’étrange ligne rouge tracée par le temps.
Un langage savoureux enflamme leurs coeurs
Voluptueusement enlacés malgré leurs peurs.
La couleur de leur douceur identique
Les débarrasse de toutes entraves.

Deux bales bercées par un vent doux, veulent
Y croire aux heures des espoirs mourants,
Repus d’avoir trop attendu l’Amour.
La cour est courte, esprits fusionnés,
Moins de jeu de mots pour ces passionnés,
Car la survie est à l’ordre du jour.

Deux bales bercées par un vent doux, veulent
Se fondre dans les rayons crépusculaires,
Argus des dernières heures journalières,
Témoins d’un sublime feu retardataire.
Enfin profiter de ce bonheur infidèle
Qui quitte les uns pour les prendre sous ses ailes.

© Nwesla Biyong

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SIRET 51301830900031
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Membre du collectif des Poètes mal famés
Marie HURTREL La poésie ne vit pas en un jardin clos, elle n'a de sanctuaire, et n'a de sucre tant qu'elle ne fait sourdre l'acide.

S'il lui arrive de cueillir les pétales des violettes et des roses, ce n'est pas pour repeindre les volets du printemps mais, pour décrocher l'instant à la métaphysique des choses.

Ce qu'elle ouvre coule par deçà l'en-deçà.
La tendance est au Silence et à la Lecture
 
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