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Il va faire froid

Il va faire froid cette semaine, gare, gare, très froid. Oui, c'est l'hiver... enfin, je crois.

Le 15 janvier 1985, on remarquait -15°C mais, la température était descendue bien plus bas, le lendemain chez nous le thermomètre affichait -23°C.
Peu l'auront oublié, même si cela n'a pas duré très longtemps, certains voyaient le drame à leurs portes, et il y en avait forcément.

Ici, dans l'Indre, je me souviens, il y avait des veaux gelant en naissant, le visage de mon grand-père était fermé en rentrant des étables. Les abreuvoirs inutilisables, porter les seaux d'eau aux animaux ressemblait au travail de Sisyphe... Partout des tuyaux éclataient, les mares se contractaient comme des monstres extraterrestres, les puits étaient des objets étranges dont les chaînes collaient même aux gants.

On suractivait les cuisinières à bois qui auraient pu cuire le diable lui-même, les chaudières suffoquant et rendant leur feu comme une âme, les cheminées étaient gonflées à bloc et l'attroupement de voisins qui en étaient dénués enflait autour ; on rentrait du bois dans les maisons à tour de bras et de volontaires courageux, la glace sur les cils, les gants craquant comme des doigts de macchabée surpris par la banquise.

On avait enfoui les volailles sous la paille et cassait et cassait et recassait la glace des abreuvoirs et ajoutait une goutte de gnôle à leur eau (je n'ai jamais su si c'était pour tenter d'éviter le gel du breuvage ou pour doper les poules... ). Oui, il faisait froid, c'était l'hiver, un bon gros hiver de glace et de neige un peu partout.

Je me souviens encore de l'entraide, des lits disponibles offerts, des échanges de bras pour porter, colmater, donner... Je me souviens aussi des soupes brûlantes que ma grand-mère, chaussée de ses sabots sous d'énormes chaussettes de laine, allait porter au vieux voisin bourru et solitaire qui avalait le pain fumant d'un trait entrecoupé de rasades de la pire piquette que sa vigne ait pu donner, sa tête emmaillotée d'une vieille écharpe rouge.

Des portes s'ouvraient parce qu'il faisait là un hiver en rappelant de plus anciens bien plus terribles encore.

Allez, en attendant une canicule sibérienne.

Marie HURTREL

Citadine 4

SIRET 51301830900031
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Membre du collectif des Poètes mal famés
Marie HURTREL La poésie ne vit pas en un jardin clos, elle n'a de sanctuaire, et n'a de sucre tant qu'elle ne fait sourdre l'acide.

S'il lui arrive de cueillir les pétales des violettes et des roses, ce n'est pas pour repeindre les volets du printemps mais, pour décrocher l'instant à la métaphysique des choses.

Ce qu'elle ouvre coule par deçà l'en-deçà.
La tendance est au Silence et à la Lecture
 
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