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Fernando d'Almeida, en mémoire du poète

Au matin du 23 février 2015, le poète Fernando d'ALMEIDA est parti rejoindre les ancêtres.

Où le silence des poètes va-t-il ?

La plus belle et forte voix poétique et philosophique d’Afrique a mis sa plume sous sa porte pour aller rejoindre le silence des hommes terrestres. Il s’en est allé ce 23 février 2015, à l’aube de sa soixantième année.
Fernando d’ALMEIDA était poète, critique littéraire, essayiste, journaliste, conférencier, universitaire. Né le 19 avril 1955, d’un père béninois et d’une mère camerounaise, c’est au Cameroun, à Douala, qu’il avait choisi de vivre et de professer. Comparatiste de formation, il avait fait des études de Lettres en France (Université Paris XII et Paris IV). Diplômé de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, Docteur ès Lettres de l'université de la Sorbonne, Fernando d'Almeida a enseigné durant plus de vingt ans la littérature française, belge et québécoise à l'université de Douala, au Cameroun.
Il est le premier Africain à recevoir en 2008 le Grand Prix de Poésie Léopold Sédar SENGHOR.
Citoyen d'honneur de la ville de Joal-Fadhiouth, ville natale de L.S. Senghor, il est signataire de nombre d’ouvrages de poésies et d'études littéraires.
Fernando d'ALMEIDA a parcouru l'Afrique, l'Asie, l'Amérique et l'Europe.

Fernando d’Almeida était cette voix majeure de la poésie qui entraînait le monde sur ses questionnements. Il nous a emmenés – et sa littérature nous y emmène toujours - sonder la vie, la mort, l’absence, la subversion, la poérotique, levant les tabous de nos inconvenances tutélaires et dévoilant le sens de la merveille.

C’est de l’ami aussi dont je veux parler. Ce géant du cœur et de l’esprit, qui savait réunir sous le goyavier de la Cité de Bonamoussadi à Douala, et partout où il ancrait nos regards, les fous de plume, les poètes et les artistes, et les jeunes à qui il savait donner un éclat de son âme et généreusement son riche enseignement, souvent dans un humour pointu qui le faisait reconnaître entre philosophes et lecteurs patients et avides du verbe poétique.

Il me demandait ce que j’entendais par « aimer la vie » ; il suffisait de plonger dans ses yeux pour comprendre l’essence même de cette vie et de lui exposer la définition par la conscience de la conscience. Ainsi je lui répondais.
Fernando d’ALMEIDA était un assoiffé de la vie, malgré sa souffrance physique, un mal lui imposant un traitement pénible, et à laquelle il a finalement succombé, il refusait toute inclination à l’effondrement. Son poing haut tenait la littérature comme l’arme de libération de soi et des peuples.

« La fragilité de l'existence
Donne du fil à retordre
A l'ordinaire que surmonte
La pensée tirant gloire
Des longues agonies des choses »
(Fernando d'ALMEIDA, La Roseraie du Goyavier)

Tant de souvenirs viennent que la douleur de son départ donne envie d’exposer mais, il suffit seulement de poser l’émotion devant cette lumière et la merveille qu’il incitait à visiter. La mémoire scrute nos silences à la Roseraie du Goyavier, de nos regards parallèles et amusés devant l’agitation rythmique des lézards sur le mur, de ses éclats de rire, de ses insistances à obtenir une réponse, du froissement des feuilles du goyavier sous le souffle marin de Douala, du déluge qui nous renvoyait près de sa bibliothèque, et de cette indicible douleur du vivant qu’un subtil battement de paupières faisait toucher du cœur.

Je pourrais faire le tour de son œuvre dans cet écrit du souvenir mais, je crois encore que le monde peut - et il devra le faire - prendre le temps et la nécessité d’aller rouvrir les pages et relire lui-même sa littérature, parce que c’est de l’homme intime, de l’ami dont j’ai besoin de parler en tentant d’expulser la peine devant son envol. L’ami des rives du Wouri, l’ami des terres rouges du Cameroun et du sable béninois, l’ami simple, profond, vivant.

Si vous ne nagez pas en monde poétique et que voulez prendre un premier et fin fil pour entrer dans le sien, son monde, et le tirer poétiquement jusqu’à connaissance, vous pouvez commencer par ce modeste lien que nous avions créé ensembles :
http://www.mariehurtrel.com/pages/fernando-d-almeida/f-d-almeida-bibliographie.html

Un poète s’est éteint, faut-il qu’il rejoigne le cercle des disparus pour qu’une nouvelle aube se lève sur la poésie ailleurs qu’en poésie ? Non, puisque tout est poésie et que « c’est si simple d’écrire », « la difficulté étant de penser ». Tous les mots qui peuvent tomber des circonvolutions spirituelles et intellectuelles sont fruits où les lecteurs pourront continuer d’arracher la semence du monde et prolonger le sens.

Il plane un silence étrange sur la terre. Un homme est mort, un poète nous a quitté, c’était un géant sensible et généreux.
Nous sommes en deuil d’une des plus puissantes voix résonnant en Afrique et dans la poésie.

Marie Hurtrel

SIRET 51301830900031
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Membre du collectif des Poètes mal famés
Marie HURTREL La poésie ne vit pas en un jardin clos, elle n'a de sanctuaire, et n'a de sucre tant qu'elle ne fait sourdre l'acide.

S'il lui arrive de cueillir les pétales des violettes et des roses, ce n'est pas pour repeindre les volets du printemps mais, pour décrocher l'instant à la métaphysique des choses.

Ce qu'elle ouvre coule par deçà l'en-deçà.
La tendance est au Silence et à la Lecture
 
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