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Cher Narcisse aux dents longues

Mince, ce matin je voulais souhaiter qu'il soit bon pour toi, seulement entre la tombée du jour et le midi pointant là, j'ai perdu ton nom et ton adresse. Il m'a fallu creuser, et creuser encore, la terre poisseuse des fanges collant à tes basques pour remettre, lettre à lettre, l'éclat de la seule fleur que tu daignes porter à ta boutonnière râpée, pour enfin nommer ton front haut de considération affichée. La tienne. Considération de ton image plaquée or - dommage que la feuille du métal cité n'accroche pas si bien que ça à la rouille des vieilles manies et aux huiles de la manipulation -.

Sincèrement, malgré l'entame d'un brin de gausse, c'est un matin bon que je t'espérais. Bien sûr !

Mais un matin où tu te réveillerais enfin et t'étonnerais de voir en ce miroir, ô ton miroir, autre chose que ton jus d'exigences à gourouïfier ton propre regard. De gourou à garou, sais-tu qu'on réalise toujours que tu vends ton vent au bord des fleuves sanguinolents de ta voracité ? Ne va pas croire qu'on se laisse mordre deux fois dans ton jeu de dupes et pas deux fois tes mots font le calcul admissible, prends-nous pour des imbéciles mais juge bien quand tu vises, on n'a pas tous de cible dans le dos.

Ce n'est peut-être pas le cadeau que tu aimerais pour lier ton café à matines sonnant à l'heure du goûter enfantin, dans ta cuisine obscure.

Ô toi vénérant toi, c'est à voir ton antre comme l'antre des dieux - un seul vaut pour toi et porte ton nom, l'autre dieu le sait bien à te filer le train et se gausser de tes paraphrases - tu sautes chaque matin à pieds déjoints dans une seule jambe de ton pantalon... Mais, cher Narcisse affamé, l'on sait bien que gare à qui voudrait t'informer que l'une dans chaque équilibrait ta marche. Car pestant, rageant, qu'on te "leçonnerait" - je sais… je sais, tu ne les aimes pas mes carabistouillesques dérives hyperonimiques elliptiques), ô toi, grand maître du qui sait tout et mieux que tous ce qui te paye et qu'il le faille, te payer -, (allons, suis donc, mes phrases ne sont pas si longues que tes crocs affûtés !) tu trousserais haut (l'altitude t'enivre de son seul nom, ah, ça, c'est un autre de tes vins râpeux comme les manches de ton addiction) tes babines vengeresses et baptiserais, autant que curé en bénirait, d'insultes troubles et à peine effleurées tous les yeux ouverts sur ta véritable nature.

Marre de mes parenthèses ? Mais c’est ton sport préféré, l’aparté discret que les dos utiles à ta besace indivise ne devraient pas entendre, alors quoi, tu permets que j'entre sur ta scène un peu et m'adresse à qui veut te surprendre ?

On t'a vu ! Ah, c'est ton reflet qu'on admire... Mais coquetterie dans l'oeil souvent au spectateur fait diverger son regard et rectifier le tir. Eh, oui, l'ami, ce n'est pas toujours celui qui louche qui louche, n'est-ce pas ! Découvrant alors ce à quoi une image si douce fait reflet... le voile artistique se lève, et ton âme vérolée affleure.

Oh, encore oh, non, point d'insultes, point d'accusations, point de critiques acides, juste compassion à ta con passion.

Si fait, et ceci dit, apprenant ton discours réel dans l'infime honneur de partager ta couche, ou ta bouche compétente à faire donner de ton propre discours dans celles des autres, que dépit passa pour laisser place à pitié, et sentiments faits et pris, à te vouloir sortir de tes mouvants sables intérieurs noyés d'intransigeances alcooliques et de cendres toxiques.

Ne savais-tu pas que tu pouvais aller te faire aimer par un autre que toi, et que tu aurais reçu cent et cent milliards de fois ce qu'en ego-force tu tentes d'arracher à la mort de tes parades amantes ?

 

© Marie Hurtrel