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Lettre égoïste au Père Noël

Chère Légende,

Il est bien possible que je n’aie pas été très sage, ni cette année ni une autre, mais comme je ne t’ai jamais écrit non plus, tu ne peux dire que j’ai été ennuyeuse. Aussi, pour me récompenser de t’avoir laissé en paix depuis toujours, je voudrais te demander un cadeau, pour faire comme tout le monde et bien que je m’y prenne à un âge que le canon ne renierait pas.

Alors voilà… je voudrais que tu m’apportes une machine un peu spéciale, quelque chose d’assez puissant et outillé pour réaliser quelques rêves jusque là restés en plan. Pour t’aider je vais te décrire du mieux possible comment cette machine doit être.

Tout d’abord il faut qu’elle ait un gros rouleau, comme ce que j’ai déjà vu sur les routes pour tasser le bitume, tu vois ? Et puis il faut un soc comme la charrue qui avait fait de mon grand-père un champion de labours, pour ça il faut que la machine soit attelée à un cheval bien sûr, pour l’image et aussi pour voir rouler la croupe percheronne comme lorsque que je guidais une calèche. Souvenirs, souvenirs… de ceux qui accompagnent si bien les rêves.
Ajoute aussi une lame sur le côté, une sorte de faux.

Il faudrait en plus de grandes roues dentées à l’image des andaineurs que tu pourrais voir en été, si tu n’étais pas condamné à vivre sur la banquise et à ne la quitter qu’un jour par an à la mauvaise saison.

J’aimerais également que cette machine puisse faire office de tarare, un bleu, comme le vieux qui ne vanne plus rien au fond d’une grange encombrée d’autant de patients tissages d’araignées que d’outils rouillés.

Ah, j’allais oublier… il faudrait qu’il y ait un grand entonnoir qui tourne et peut jeter des graines au loin. Un semoir ! C’est un semoir que je veux, je cherchais le nom et c’est encore une image en souvenir qui m’est venue de ce grand cône rouge, celui qui colorait le hangar de la ferme familiale.

Tu vois, la machine qu’il me faut maintenant ? Elle devrait pouvoir tout faire, du labour à la moisson. Et si elle est spéciale, ce n’est pas non plus infaisable j’imagine, surtout pour toi chère Légende, tu fais bien voler des rennes !

Faut-il que je te dise ce que j’en ferais si tu me la fabriques ? Moi qui n’ai pas utilisé le moindre de ces outils depuis des lustres… non, non, ce n’est pas nostalgie. Peut-être penses-tu ma demande étrange et la classerais-tu à part, en attente… Non, ce n’est pas pour reprendre le métier et plonger les mains dans le sol lourd et collant dont les parfums passent encore dans ma mémoire. J’aime la terre mais je ne veux ni semer l’avoine ni planter le choux à aucune mode que ce soit. C’est une lettre égoïste, n’oublie pas, je ne veux nourrir personne !

Tu sais (tu sais tout dit-on, mais peut-être pas mes projets) ce n’est pas encore très précis dans mon idée, mais je vais t’expliquer au mieux pour que tu mettes tes lutins sur le coup assez vite. Enfin, vite… si tu veux et peux. Tu veux ?
Pas que la date de noël soit à tenir absolument, mais j’ai envie de sortir de l’année sur ma machine. Imagine comme du haut de la moissonneuse qui éventrait la blondeur des champs de mon grand-père. Imagine… c’est mon rêve…

Pour commencer j’utiliserai le rouleau, pour écraser ces satanées frontières qui font ressembler le monde à un assemblage de stabu, libres pour certaines et tellement fermées pour d’autres. C’est d’un moche !

Après, avec le soc, je creuserai des sillons, pas trop profonds, dans tous les sols figés, pour les aérer et qu’on puisse planter partout. Partout. Parce que là c’est encore moche, ça penche, ça s’empile d’un côté et c’est vide de l’autre. Un manque d’esthétique notoire.

Avec la faux je débroussaillerai les trônes du monde, pour que se voient leurs pieds et sur quoi ils ont été construits. J’aime voir clair moi !

Et j’ai demandé un andaineur pour faire de jolies lignes de toutes ces broussailles et, au lieu qu’elles cachent des fondations, elles montrent un chemin qui fasse le tour de la terre. En voyant l’horizon et que rien ne s’arrête, comment ne pas comprendre la beauté des choses ? Parce que là, encore et encore, c’est tout juste si on voit plus loin que le bout du nez, si cyranesque soit-il… et ce n’est pas beau. Quel vilain tableau !

Ensuite le tarare, pour nettoyer tout ce qui peut germer et est enfoui sous la poussière et les balles étouffantes. Tant de belles choses pourraient fleurir mais restent à jamais enfermées dans l’idée même d’une graine. Autant que le beau sorte puisque ça ne manque pas ! Au lieu de contenir tout, cacher, il n’y a pas que l’utile utile bon sang !

Et c’est logique qu’il faille le semoir ensuite, n’est-ce pas ? Puisqu’enfin la balle qui enferme ne sera plus. Espérer possible, il n’y aura plus qu’à regarder pousser les couleurs enivrantes (oui, les couleurs enivrent aussi) et leurs goûts pastels (pastels, bien sûr aussi).


Une simple demande égoïste, comprends-tu chère Légende ? Parce que le moche, c’est d’un moche ! Et je n’aime pas ça. Me la donneras-tu cette machine ? Elle servira une fois, et je retournerai à mes pinceaux sans jamais rien demander d’autre.

© Marie Hurtrel , 2010
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SIRET 51301830900031
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Membre du collectif des Poètes mal famés
Marie HURTREL La poésie ne vit pas en un jardin clos, elle n'a de sanctuaire, et n'a de sucre tant qu'elle ne fait sourdre l'acide.

S'il lui arrive de cueillir les pétales des violettes et des roses, ce n'est pas pour repeindre les volets du printemps mais, pour décrocher l'instant à la métaphysique des choses.

Ce qu'elle ouvre coule par deçà l'en-deçà.
La tendance est au Silence et à la Lecture
 
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