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Enclave dérogatoire

« Quand on n'est pas d'accord avec ça, on ne vient pas habiter ici. »
Habitante de Fontgombault, il se trouve que la réflexion du maire relayée par AFP m'interpelle directement, et je réponds à l'article paru le 24 janvier(http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/a-l-ombre-d-une-abbaye-un-village-se-dechire-sur-le-mariage-gay-mun36220_1317117.html).

« Les moines sont là depuis 1091. La commune, elle est comme ça... Quand on n'est pas d'accord avec ça, on ne vient pas habiter ici. Quand on habite Fontgombault, on sait à quoi s'en tenir », déclare le maire à l'AFP.
Voilà une déclaration à laquelle j'ai très envie/nécessité de répondre.

Bien sûr, on se renseigne un peu avant de choisir un lieu de vie.
Bien sûr. Donc, on regarde le cours de l'immobilier, les infrastructures proches correspondant aux besoins, ses propres moyens de déplacement et les connexions routières, puis, si l'on peut user de privilèges, on regarde le cadre, et les liens familiaux et amicaux qui peuvent se rapprocher, etc. vous savez tout cela, que vous ayez voyagé ou pas.

Monsieur le maire, ici, nous sommes dans un pays libre encore, et cette liberté se coltine donc aussi nombre de contraintes. La première étant de respecter les lois du dit pays - il en est de même pour tout pays -, n'est-ce pas.
Est-ce seulement une contrainte en France ?
Si une loi nous semblait inique, injuste, illogique, inutile, etc., nous aurions en ce cas tout loisir à exprimer nos opinions sur le bien-fondé de celle-ci, de tel ou tel décret, et, puisque nous sommes en France où il reste encore quelques possibilités de s'exprimer, nous pourrions alors créer des débats, par des associations ou en individuel, et manifester, afficher, etc. - ce que les sympathisants de la rigidité familiale n'hésitent pas à faire dans le droit qu'il leur est donné, il me semble -, ceci pour donner nos avis et qu'ils soient lus et étudiés par le gouvernement en place.

Seulement, monsieur Tissier, vous affirmez (nous ne sommes plus dans la suggestion avec les déclarations auxquelles vous avez grand goût) que si le fonctionnement à part et vos décrets relatifs à la vie dans la commune de Fontgombault ne nous plaît pas, il ne fallait pas venir y vivre... voyons... allons... réfléchissez-vous un peu avant d'annoncer que Fontgombault serait en réalité un état de non-droit-français, ou une enclave dérogatoire au coeur de la France ? Comme l'ordre des bénédictins bénéficie d'une dérogation pour vivre leur religion autrement tout en restant « affiliés » à l'Eglise catholique romaine, ainsi vous décidez que Fontgombault doit être dans un ordre à part dans l'ordre établi.

Voulez-vous une ghettoïsation de Fontgombault ? Ce serait drôle, vraiment, en affirmant la supériorité de votre loi surnaturelle. Et, faudrait-il un sauf-conduit pour prendre logement à l'intérieur des frontières spirituelles fontgombaldiennes (je joue du mot, ne vous en déplaise...) ?

Vous faites-là une projection (un transfert dirait-on en psychanalyse ?) de vos convictions alliées au traditionalisme religieux, sur le domaine de pouvoir que vous a donné jusqu'à aujourd'hui votre siège municipal depuis votre accession à son trône il y a quelques décennies.

J'ai fait ce « choix », il y a un an et demi, de venir habiter à Fontgombault, tout en connaissant bien l'abbaye, magnifique lieu de silence et de recueillement, parce que je suis née près de là, dans la ville du Blanc, dans cette région où j'ai des attaches familiales, affectives et amicales, pour la proximité relative de la capitale, pour le calme (!) de cette zone campagnarde dont je suis un pur produit, terrienne avant tout, parce que je n'avais pas les moyens d'ouvrir un atelier de peinture en plein Paris ou à Saint-Petersbourg, parce que cette petite maison pouvait recevoir ma nichée et mon travail, et... « parce que » cela ne vous regarde pas comme il ne me regarde en rien vos choix de mobilier et immobilier dans ce pays de France, de liberté, d'égalité, de fraternité. Faut-il creuser la notion de liberté, ou avez-vous à l'esprit qu'elle s'arrête où vos convictions surnaturelles commencent ?

En revenant sur ma terre de naissance, je savais l'originalité de l'abbaye (sans ironie), et je savais par-dessus tout la liberté de culte - et la respecte -. Je savais aussi que vivre en France n'est pas soumis à un contrôle d'état du penser religieux, donc il n'y avait pas à ajouter ce critère dans la balance immobilière qui m'était alors imposée.

Monsieur Tissier, il fait encore frais ce matin, vous aviez raison l'autre jour, l'hiver s'annonce peut-être enfin, le froid est nécessaire dans la nature, le gel bénéfique au repos de la terre. Mais, que jamais ne vienne le gel dans le coeur de l'humanité, nous sommes sur terre que diable, et en France -où malgré nombre de déraillements historiques il reste que nous avançons dans le respect de l'humain et de ses particularités-, nous n'avons pas à nous exclure du droit de vivre où nous le voulons et le pouvons.

Marie Hurtrel
janvier 2014

SIRET 51301830900031
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Membre du collectif des Poètes mal famés
Marie HURTREL La poésie ne vit pas en un jardin clos, elle n'a de sanctuaire, et n'a de sucre tant qu'elle ne fait sourdre l'acide.

S'il lui arrive de cueillir les pétales des violettes et des roses, ce n'est pas pour repeindre les volets du printemps mais, pour décrocher l'instant à la métaphysique des choses.

Ce qu'elle ouvre coule par deçà l'en-deçà.
La tendance est au Silence et à la Lecture
 
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